Des élus américains veulent interdire les paris sur les prédictions politiques et militaires
Alors que ce type de pratique n’existe pas légalement en France, les marchés de prédiction liés à des événements politiques ou militaires suscitent une inquiétude croissante, notamment aux Etats-Unis, où des parlementaires américains ont présenté un projet de loi visant tout bonnement à les interdire. Une initiative qui relance le débat autour des plateformes de prédiction comme Polymarket ou Kalshi, déjà dans le viseur des autorités. Un phénomène que l’Autorité Nationale des Jeux surveille très probablement de près, tant les dérives potentielles interrogent en matière d’intégrité et de sécurité.
Une proposition de loi pour encadrer des marchés jugés “à risque”
Le texte, porté notamment par le sénateur Chris Murphy et le représentant Greg Casar, vise à interdire toute forme de pari sur des événements sensibles : décisions politiques, actions militaires, terrorisme ou assassinats. Baptisé BETS OFF Act, ce projet entend également bloquer les flux financiers vers ces plateformes et sanctionner pénalement les acteurs qui les exploitent ou en font la promotion.
Aux États-Unis, ces marchés sont parfois présentés comme des outils de prévision économique ou politique. Une position contestée par plusieurs élus, qui estiment qu’il s’agit avant tout de formes de paris déguisés, exposés à des manipulations.
En France, la position est déjà beaucoup plus claire : l’Autorité Nationale des Jeux considère ces plateformes comme illégales, car elles ne disposent pas d’agrément et échappent totalement au cadre réglementaire strict imposé aux opérateurs.
Des soupçons de délits d’initiés avant des frappes militaires
Les inquiétudes des élus américains reposent notamment sur des cas concrets. Selon eux, une activité de paris inhabituelle a été observée sur Polymarket juste avant des frappes américaines en Iran. Environ 150 comptes auraient parié massivement sur une intervention imminente, dont :
- 109 comptes avec plus de 10 000 $ de gains
- 16 comptes dépassant 100 000 $
- un utilisateur proche des 500 000 $ de profits
Autre élément troublant : une grande partie de ces comptes auraient été créés le jour même des paris. Pour Chris Murphy, ces éléments suggèrent que certaines personnes pourraient avoir profité d’informations confidentielles, un scénario qui inquiète fortement les autorités.
En France, un tel cas serait immédiatement assimilé à un délit d’initié au sens du droit financier, avec des sanctions pénales lourdes, ce qui renforce la vigilance des régulateurs.
Un risque d’influence sur les décisions politiques
Au-delà des gains potentiels, les élus pointent un danger plus profond : celui de voir des acteurs influents orienter des décisions politiques en fonction de leurs intérêts financiers. Selon Murphy, certaines personnes pourraient conseiller des dirigeants non pas dans l’intérêt national, mais dans le but de maximiser leurs gains sur ces marchés.
Ce risque est particulièrement sensible dans des domaines comme la guerre ou la sécurité nationale, où les enjeux humains sont majeurs. En France, ce type de situation serait jugé incompatible avec les principes de neutralité et d’intégrité de la décision publique, déjà encadrés par plusieurs dispositifs anti-conflits d’intérêts.
Un débat également politique et économique
Le projet de loi s’inscrit aussi dans un contexte politique tendu. Certains élus ont pointé les liens entre ces plateformes et des personnalités proches de Donald Trump Jr., impliquées financièrement dans le secteur. Malgré ces critiques, les chances d’adoption du texte restent incertaines, notamment en raison des divisions politiques au Congrès.
En parallèle, l’opinion publique semble plutôt favorable à une régulation : près de 59 % des électeurs américains s’opposeraient aux paris sur les décisions gouvernementales, avec un soutien encore plus fort pour interdire l’accès à ces marchés aux responsables politiques.
Une problématique déjà tranchée en France
Alors que les États-Unis débattent encore de la nature de ces plateformes, la France a déjà adopté une position ferme : seuls les opérateurs agréés peuvent proposer des jeux d’argent, et uniquement sur des segments bien définis.
Les marchés de prédiction comme Polymarket ou Kalshi restent donc hors cadre légal, ce qui limite leur développement sur le territoire.
Cette différence illustre deux approches : une logique américaine encore en construction, entre innovation et régulation, face à une approche française plus restrictive, privilégiant la protection des joueurs et l’intégrité des marchés.
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