Jeu excessif : l’ANJ pointe 600 000 joueurs à risque
A quelques semaines de la Coupe du Monde de football, l’Autorité nationale des jeux (ANJ) a présenté les résultats de deux années de travaux intensifs sur la détection du jeu problématique. Grâce à un nouvel algorithme fondé sur l’analyse des données réelles de jeu, le régulateur dresse un constat sévère : 600 000 Français présentent une forte probabilité de jeu excessif, dont 300 000 sont qualifiés de « manifestement » problématiques.
Un modèle transparent face à une réalité économique brute
Contrairement aux systèmes plus opaques de certains opérateurs, l’ANJ a opté pour une méthodologie « explicable ». Son algorithme s’appuie sur 23 indicateurs, privilégiant les mouvements financiers (dépôts fréquents, pertes rapides) qui pèsent pour deux tiers du score final. Les résultats sont sans appel : la part du chiffre d’affaires en ligne attribuable aux joueurs excessifs a franchi la barre des 60,6 %, soit 1,2 milliard d’euros.
Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de l’ANJ, n’a pas mâché ses mots lors de la conférence de presse, évoquant des joueurs « livrés à eux-mêmes ». Elle pointe du doigt une industrie qui a su mobiliser tous les leviers du marketing digital pour intensifier les comportements de jeu, sans que les dispositifs de protection ne suivent la même courbe de performance. Les joueurs qualifiés à risque par l’ANJ dépassent aujourd’hui, pour la première fois la barre des 600 000.

Le fossé de la détection : un défi pour les opérateurs
Le chiffre le plus polémique reste celui de l’écart de détection entre opérateurs et ANJ. En 2025, les opérateurs n’ont identifié que 89 000 joueurs excessifs, là où l’outil du régulateur en détecte près de sept fois plus. Ce décalage interroge sur l’efficacité réelle des plans de « jeu responsable » actuels. L’enjeu est désormais structurel : demander aux opérateurs de mieux détecter et de modérer ces joueurs revient, mécaniquement, à leur demander de réduire plus de la moitié de leurs revenus.
Si l’ANJ a transmis la documentation technique de son algorithme aux acteurs du marché, et notamment les nouveaux opérateurs comme Bet365, le risque de « contournement » reste présent. Les opérateurs pourraient être tentés d’optimiser leurs interfaces (par exemple en augmentant les paliers de dépôts par défaut) pour faire baisser artificiellement les scores de risque sans pour autant protéger le joueur.
À l‘approche de la Coupe du Monde de football 2026, période de vulnérabilité accrue pour les joueurs, le régulateur prévient : l’heure est à l’urgence, et les bilans de conformité prévus pour 2027 seront décisifs.
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